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Les gagées sont des plantes eurasiatiques à floraison souvent précoce qui appartiennent à la famille des Liliacées. Avec un nombre d’espèces dans le monde estimé entre 250 et 280, ces géophytes bulbeuses originaires d’Asie centrale s’affichent certainement comme le genre le plus prolifique de ce rang taxonomique (Peruzzi, 2012). Leur détermination apparaît souvent délicate en raison d’une évolution qui résulte depuis des centaines de milliers d’années de phénomènes d’hybridation et de polyploïdie ; tout ceci corrélé à une importante multiplication végétative. Les critères d’identification s’en trouvent généralement très subtils à l'image des taxons présents dans le bassin méditerranéen où il existe un important foyer de diversification comme en témoigne la section Didymobulbos décrite dans plusieurs flores (Tison, 2013). Des études moléculaires ont permis de mieux clarifier la taxinomie du genre mais sur le terrain l’identification d’espèces n’est pas du tout aisée surtout au stade juvénile ou bulbifère. Ainsi certaines espèces sont souvent confondues même en période de floraison (cas par exemple en France de G. granatellii et G. lacaitae qui étaient encore assimilées en ce début du 21ème siècle). La très courte période de floraison des gagées en fait des plantes éphémères discrètes qui dépendent en grande partie d’une reproduction asexuée. La Gagée à spathe (Gagea spathacea), une espèce médioeuropéenne, ne se reproduit d’ailleurs que par multiplication végétative à l’aide de ses nombreuses bulbilles. Les individus peuplant les stations ombragées fleurissent en outre rarement (Lambinon et Verloove, 2012) ; un constat que l’on peut également faire chez la Gagée jaune (Gagea lutea) qui consacre son énergie en priorité à son bulbe de remplacement. Si ce nouvel organe souterrain se développe copieusement au cours de l’année suivante, elle pourra alors produire de jolies fleurs jaunes à six tépales (Schnittler & al., 2017). La fructification semble quant à elle plus stratégique chez les espèces apparaissant dans des milieux arides à l’image des taxons appartenant à la section Platyspermum (ex: G. rigida, G. commutata, G. sarmentosa…) qui dépendent plus fortement d’insectes pour la dissémination des graines. Tributaires d’environnements stables peu perturbés par l’Homme, les gagées restent globalement des plantes très sensibles aux perturbations de leurs habitats naturels. Victimes de la destruction ou modification de leurs biotopes, de pratiques agricoles intensives ou de pollutions chimiques, elles sont devenues rares pour de très nombreuses espèces qui sont aujourd’hui protégées dans la plupart des pays d’Europe.

L’Ophrys de la Passion est certainement l’une des orchidées méditerranéennes qui présente le plus de variabilité au niveau de sa forme, de ses couleurs et de ses motifs. Appartenant au groupe compliqué des « Ophrys araignées » sensu lato où de nombreuses espèces se ressemblent, elle suscite un vif intérêt auprès de tous les passionnés d’orchidées. Sa présence dans des milieux où cohabitent plusieurs taxons proches peut constituer un véritable casse-tête sur le terrain pour la reconnaître. Sans compter que de nombreux hybrides apparaissent bien souvent dans ses habitats. Dans les cas les plus fréquents, l’Ophrys de la Passion se reconnait à ses fleurs d’assez grande taille, ses pétales supérieurs à bords ondulés très légèrement à franchement colorés de rose-pourpre, un labelle de couleur foncé marginé souvent plus large que long, concolore au champ basal et avec une macule bleutée formée de deux bandes parallèles. Toutefois l’ensemble de ces critères est partagé aussi par plusieurs formes atypiques d’Ophrys issus du groupe araignée comme Ophrys aranifera, Ophrys araneola ou Ophrys exaltata par exemple. La forte variabilité de l’espèce l’amène à ressembler de plus à d’autres orchidées comme Ophrys incubacea, Ophrys provincialis, Ophrys virescens ou encore Ophrys arachnitiformis. Il est donc nécessaire dans ces conditions d’étudier une population suffisamment importante pour être « sûr » du taxon rencontré sur le terrain. Heureusement certaines confusions peuvent être évitées grâce à la période d’apparition de l’Ophrys passionis qui est généralement plus tardive et qui comme son nom l’indique apparaît au moment de la Passion du Christ soit de la fin Mars à début Avril. Bon nombre d’espèces d’orchidées appartenant au large agrégat de l’Ophrys araignée sont précoces et sont visibles sur le littoral méditerranéen notamment dès Février. L’observation des différents stades de développement des individus sera ainsi une aide précieuse pour tenter de reconnaître cette orchidée aux formes et couleurs déroutantes. Fleur de toutes les passions même scientifiques, l’Ophrys passionis aura le don de monopoliser tout notre temps un tant soit peu qu’on s’y intéresse. En dévoilant ses délicates subtilités et en interrogeant notre rapport avec le monde végétal, elle nous renvoie à cette citation d’Octavio Paz : « Dieu qui sort d’une orchidée en terre. Entre les pétales d’argile naît souriante la fleur humaine ».
Les îles Canaries forment un archipel au large des côtes du Maroc et du Sahara occidental. Elles font partie de la Macaronésie, un ensemble de territoires insulaires situés dans l’océan Atlantique qui comprend également Madère, les Açores et les îles du Cap-Vert. D’une superficie proche de 7 500 km2, les Canaries se composent de deux îlots et de onze îles dont Tenerife qui est la plus vaste (2 034 km2) et Fuerteventura qui s'affiche comme la plus proche du continent africain. Ce vaste archipel, qui est aussi le plus grand de la Macaronésie, possède une flore très diversifiée mais aussi originale qui s’explique en partie par des caractéristiques géographiques et climatiques contrastées, une spéciation très forte liée au contexte insulaire et aux conditions instables des milieux naturels ainsi qu’à une longue évolution des espèces dans le temps (Fuerteventura et Lanzarote ayant surgi de l’océan il y’ a environ 22 millions d’années). À noter que de nombreuses introductions volontaires ou non d’espèces allochtones ont eu lieu dans le passé sur certaines îles habités dès l’Antiquité comme Tenerife et il est parfois difficile de juger de leur statut indigène. Toutefois sur les 1995 plantes vasculaires recensées (Bramwell 2001), environ 25% peuvent être considérées comme endémiques. Pour un territoire insulaire, ce taux apparaît comme l’un des plus forts au monde et demeure proche de celui des îles Galapagos. Parmi les genres qui possèdent une importante diversité spécifique endémique peut être notamment cité celui des Aeonium qui compte à lui seul pas moins de 35 espèces. Les autres taxons prolifiques sont représentés par des genres comme Euphorbia, Sonchus, Limonium, Lotus, Polycarpaea, Lavendula ou encore Echium. Dans le cas de ce dernier exemple, il est intéressant de préciser que plusieurs plantes herbacées venant d’Afrique se sont adaptées à des environnements difficiles à coloniser comme ceux générés par les coulées volcaniques et ont évolué parfois vers un gigantisme insulaire en devenant ligneuses. C’est le cas par exemple d’Echium wildprettii, une espèce endémique subalpine de l’île de Tenerife, qui peut atteindre avec ses grandes hampes florales jusqu’à 3 mètres de hauteur. Une autre forme d’adaptation des plantes à ces milieux insulaires est l’absence fréquente de dioécie pour éviter l’endogamie. Elles sont devenues également pour beaucoup monocarpes en ne fleurissant qu’une seule fois dans leur vie afin de maximiser les chances de reproduction dans des environnements plutôt arides où la faune reste peu abondante. C’est le cas de plusieurs Aeonium à tige et rosette unique comme l’espèce urbicum mais aussi de certains Echium dont le très rare et magnifique E. pininana qui ne pousse que sur l’île de La Palma. Autre fait remarquable, certains genres ont évolué vers des formes et des aspects proches de cactacées pour répondre aux fréquents épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs. L’exemple de l’Euphorbe des Canaries (Euphorbia canariensis) est à ce titre très instructif. Cette plante endémique des zones arides s’est dotée d’épines pour capter l’humidité atmosphérique ainsi que d’un port arborescent serré et d’une cuticule épaisse afin de limiter sa transpiration. Outre ces spécificités principalement liées aux milieux désertiques, il apparaît également des zones de végétation luxuriante sur certaines îles montagneuses comme Tenerife où plusieurs forêts ombrophiles se sont installées. Peuplées d’arbres comme le Laurier des Canaries, le Barbusano ou l’Acajou de Madère, ces milieux forestiers bénéficiant des précipitations apportées par les alizés hébergent de nombreuses espèces de fougères comme la très impressionnante Woodwardia radicans ou des plantes à fleurs remarquables comme Canarina canariensis.
La famille des Gentianaceae regroupe plus de 1700 espèces dans le monde qui se répartissent en 102 genres (Struw & Pringle 2019). Ces plantes à fleurs comprennent des arbres, des arbustes et des herbacées qu’on retrouve principalement en zone tempérée bien que leur origine soit considérée comme néotropicale. Cette famille fut premièrement décrite sous le nom de Gentianeae en 1789 par le botaniste français Antoine Laurent de Jussieu. Elle regroupait alors des plantes dicotylédones monopétales à corolle hypogyne en une dizaines de genres. Les nombreuses études phylogénétiques, morphologiques et de biologie moléculaire du 19ème et 20ème siècle ont contribué à élargir considérablement l’étendue taxinomique de cette famille issue de l’ordre des Gentianales bien qu’elles aient suscité et suscitent encore de nombreux débats. Les Gentianaceae peuvent être décrites comme des plantes à fleurs généralement actinomorphes et bisexuées à sépales plus ou moins liés et corolle sympétale dont l’ovaire supère possède deux carpelles soudés. Les étamines, comme bien souvent les pétales, sont au nombre de 5 et ils ont la particularité d’être pérygines. Les tiges présentent des corolles généralement vives avec des feuilles souvent opposées et sessiles, quelquefois subverticilées ou plus rarement alternes comme chez le genre Swertia. En France métropolitaine, selon la Flora gallica de Tison et Foucault, on compte dans le pays 42 espèces de gentianacées qui se répartissent en 10 genres. Plusieurs d’entre elles sont inféodées aux massifs montagneux. Elles apparaissent notamment à l’étage subalpin et alpin à l’image du genre très prolifique Gentiana (G. verna, G. burseri, G. alpina, G. acaulis, G. rostanii, G. purpurea, G. nivalis, G. brachyphylla, G. angustifolia, G. pyrenaica ou encore G. orbicularis). Certaines espèces et sous-espèces sont en outre considérées comme des orophytes endémiques tels que G. occidentalis et G. burseri subsp. burseri dans les Pyrénées, G. bavarica dans les Alpes ou bien G. ligustica dans les massif de Ligurie. Selon Pline l’Ancien, les propriétés curatives de la gentiane, et certainement celles de la Grande gentiane (G. lutea), auraient été découvertes par le roi des Illyriens Gentius qui aurait donné naissance au nom grec Gentiana ; lui-même à l’origine des différentes appellations scientifiques qui ont suivies pour cette famille de plantes. Les autres genres (Centaurium, Exaculum, Cicendia, Blackstonia, Schenkia) qui composent cette famille des Gentianaceae ont une répartition en France souvent méditerranéenne ou atlantique. Certaines espèces sont d'ailleurs des plantes de milieux humides saumâtres comme Schenkia spicata ou Blackstonia imperfoliata. Quant aux taxons Gentianopsis et Gentianella, ils possèdent une répartition bien souvent continentale et sont considérés comme des genres cosmopolites eurasiatiques.

Plante délicate des marais et prairies humides, la Wahlenbergie ou Campanille à feuilles de lierre se reconnaît au tout premier abord à ses élégantes petites fleurs en cloche pétiolées un peu luisantes à pétales bleu-violet tendre veinés de couleurs plus foncées. Ses discrètes feuilles espacées à bords anguleux rappelant celles du lierre grimpant en miniature apportent un contraste original pour cette espèce issue de la famille des Campanulacées. Son port rampant dont la tige grèle s'enroule parfois sur d'autres plantes fait de la Walhenbergie une plante discrète. Par temps humide et durant la nuit, les fleurs ont la particularité de se fermer en une corolle étroite où les pétales paraissent complètement soudés. Appréciant une bonne luminosité et un peu de chaleur, la plante dévoile tous ses charmes en recourbant ses pétales vers l'extérieur lorsque le soleil inonde son milieu de vie. Bien de petits insectes seront intrigués par son léger parfum mélangé à l'humidité ambiante des zones humides. Ils auront le privilège de découvrir au cours d'une visite intime un grand pistil blanc à trois sigmates allongés à l'apparence soyeuse dominant cinq étamines inférieures plus étroites logées à la base de la corolle. Ces dernières leur offriront du pollen qui servira à sa future reproduction par pollinisation croisée. En l'absence de visiteurs, la Wahlenbergie à feuilles de lierre pourra également s'autoféconder. Du mariage des gamètes mâles et femelles naîtront des fruits arrondis à trois valves d'où sortiront plusieurs petites graines blanchâtres striées longitudinalement. L'importance d'une faible concurrence par des plantes plus hautes, la présence d'une humidité constante avec une bonne exposition au soleil, le besoin d'une température assez douce en hiver ainsi que le maintien d'une forte acidité dans son milieu seront les conditions nécessaires à sa propagation dans l'espace. Ces facteurs abiotiques n'étant pas toujours faciles à réunir ensemble, la Wahlenbergie ou Campanille à feuilles de lierre n'est donc pas une espèce commune. Elle apparaît même de plus en plus rare et fait l'objet de mesures de protection dans de nombreuses régions.

Superbe orchidée endémique du pourtour méditerranéen, l’Ophrys miroir n’en présente pas moins une aire de répartition fragmentée qui en fait une espèce peu commune voire très rare dans de nombreux habitats susceptibles de l’accueillir. Facilement identifiable par ses fleurs au labelle trilobé à miroir bleuté et brillant bordé de nombreux poils bruns, cette plante possède la caractéristique de mimer un hyménoptère particulier connu sous le nom scientifique de Dasyscolia ciliata. Cet insecte méditerranéen très velu ressemblant à une abeille présente des reflets également bleutés sur ses ailes et son thorax notamment lorsqu’il est au repos. Comme bien souvent pour d’autres espèces du genre, l’Ophrys miroir assure sa reproduction par pseudocopulation en attirant un hyménoptère spécifique par imitation visuelle de celui-ci et sécrétion de phéromones semblables à celles de ses femelles. S’ensuit ainsi un mécanisme de coévolution qui pourrait apparaître fragile en cas de disparition de l’animal. Les rares effectifs du côté français s’expliquent certainement par l’absence de cet insecte singulier sur le territoire. Seule une observation formelle, en Corse du sud, dans les îles Lavezzi, a été faite en 1991 par deux entomologistes. Elle ne suggère en rien une installation de l’espèce dans cette partie méridionale de la France située à seulement une centaine de kilomètres de la Sardaigne. Les hypothèses qui pourraient expliquer le maintien des petites populations françaises d’Ophrys miroir pourraient trouver leur origine dans une possible autofécondation des individus ou une pollinisation croisée faite par un autre hyménoptère sensible à ce mimétisme. Dans leur ouvrage de 2016 intitulé « Les orchidées d’Europe : fleur et pollinisation », les auteurs Claessens et Kleynen avancent une reproduction possible par le biais d’une petite abeille nommée Andrena florentina. Bien que ces stratégies de reproduction alternatives pourraient permettre à l’Ophrys miroir de se maintenir dans le sud de la France, il n’en demeure pas moins que l’espèce est fortement menacée par un manque de brassage génétique, une recrudescence des épisodes de sécheresse qui se soldent parfois par de terribles incendies, une prolifération d’animaux fouisseurs comme le sanglier ou encore un fort étalement urbain boosté par le tourisme méditerranéen et l’héliotropisme. Dans ces habitats de plus en plus bouleversés et qui ont conduit à protéger nationalement cette orchidée, il est peut-être encore possible de penser qu’un jour l’Ophrys miroir puisse réussir à nous envoyer les reflets de notre propre image.

Par la grâce de Dieu, souverain suprême du royaume obscur des forêts tempérées et boréales de l’hémisphère nord, l’Épipogon sans feuilles n’apparaît que très rarement aux yeux de ses admirateurs. Sa Majesté ne sort d’ailleurs pas tous les ans et profite des étés frais pour égayer les sous-bois sombres de ses couleurs pâles et scintillantes évoquant le cristal de roche brut teinté de rose, violet et jaune. Sa coiffe orientale à pétales et sépales étroits surmontée d’un globule veiné de fuchsia n’est pas sans rappeler celle d’un prince mandarin de prestige se déplaçant en voyage officiel. Accompagné bien souvent par quelques autres membres de sa famille royale, il reste toujours très discret et peu expressif. Ses places préférées sont souvent situées à l’ombre, sous des hêtres et des sapins, dans des forêts remarquables souvent éloignées de l’action de l’Homme. Fortifiant son pouvoir en prélevant ses ressources sur d’autres sujets comme les champignons et indirectement les arbres, l’Épipogon sans feuilles peut s’affranchir de toute tâche productive dans laquelle il serait impliqué. À l’image du Monotrope sucepin, un autre seigneur énigmatique du royaume des ombres, il peut mener une vie cachée sous terre sans apparaître à la lumière du jour pendant des années. Cet isolement ne l’empêchera pas d’assurer sa descendance par autofécondation et clonage bien qu’elle constituera un frein quant à la diversité génétique de ses petits effectifs. Mais qu’importe, l’Épipogon sans feuilles est le seul représentant de sa dynastie orchidéenne en Europe et Sa Majesté compte bien défendre son titre de souverain tout-puissant en dépit de ses conditions de vie obscures, fragiles et encore méconnues.

Le « Brise-os », voilà le surnom donné depuis plusieurs siècles à la Narthécie des marais, une petite fleur jaune ravissante poussant dans les marais et les landes tourbeuses de l’Europe de l’ouest et du nord de l’Amérique. Il semblerait que les origines de cette appellation remontent au moins au milieu du 18ème siècle. Il est établi en effet que Linné est le tout premier auteur à mentionner l’espèce dans sa nomenclature binominale de 1753 sous le nom d’Anthericum ossifragum. En sachant que le célèbre naturaliste a parfois donné des épithètes spécifiques en fonction des us et coutumes mais aussi des traditions orales qui étaient en vogue à son époque, il est fortement plausible que l’appellation scientifique alors donnée à la Narthécie des marais provienne d’un héritage de croyances anciennes qui se serait diffusé surtout dans le monde paysan scandinave. Mais qu’en est-il réellement de ce mythe ? Et comment l’interpréter si cet effet de brise-os n’a jamais été démontré ? La tradition orale nous apprend d’abord que ce sont des animaux d’élevage tels que les brebis qui auraient été retrouvés avec des pattes cassées, des fractures et autres blessures corporelles dans des environnements certainement accidentés où pousse cette petite plante. La Narthécie des marais étant une plante acidiphile qui s’installe dans des milieux humides appauvris tels que les tourbières et landes marécageuses, il se pourrait que les troupeaux qui fréquentaient ces espaces naturels aient connu des carences en calcium qui auraient favorisé une fragilité de leurs os. Bien que plausible, cette théorie proposée par Richard Mabey dans sa Flora britannica paraît toutefois insuffisante au regard des découvertes qui ont été faites récemment sur les propriétés toxiques de cette plante. Bien qu’aucun effet « brise-os » n’ait été démontré chez la Narthécie des marais, il a pu être en revanche mis en évidence dans son métabolisme la production de substances néphrotoxiques qui peuvent entraîner des insuffisances rénales sévères notamment chez les bovins. L’ingestion de fleurs et de graines en grande quantité provoquent des symptômes tels que des diarrhées sanguinolentes, des œdèmes, des troubles de le la motricité et une anorexie, qui peuvent conduire l’animal jusqu’à une issue fatale. Durant l’été 2022, en Haute-Vienne, 37 génisses limousines sont mortes suite à une intoxication végétale due à la Narthécie des marais. En 2011, une situation semblable, bien que beaucoup moins dramatique, avait eu lieu dans la Creuse sur un lot d’une trentaine de vaches. Nous comprenons désormais pourquoi il est tout à fait possible d’avoir retrouvé de nombreux animaux d’élevage blessés suite à l’ingestion de cette plante dans le passé. Affaiblis par les symptômes, ils auraient certainement fait des chutes jusqu’à se briser ou se fracturer un ou plusieurs de leurs membres. Jusqu’à nouvelle preuve scientifique, le mythe du « brise-os » de la Narthécie des marais prend certainement racine dans ces explications. Gare donc aux éleveurs qui voudraient profiter du réchauffement climatique et de l’assèchement des zones humides pour agrandir leur parcellaire d’élevage, ils pourraient être rattrapés par une vieille croyance de plusieurs siècles qui aurait finalement un sens.

Plante succulente robuste de la famille des Crassulacées, la Mère des millions, que l’on appelle aussi Mère des milliers, possède le pouvoir de croître facilement dans des environnements arides et chauds. Originaire de Madagascar, cette xérophyte tropicale a connu de nombreuses introductions à des fins ornementales dans des pays comme l’Australie, l’Afrique du Sud, le Mexique, les Etats-Unis, le Kenya ou encore Taiwan. Lorsque la plante bénéficie d’un ou plusieurs épisodes de pluie durant l’année, elle peut en effet offrir un spectacle visuel peu commun en produisant de sublimes parapluies de fleurs en forme de clochettes retombantes dont les couleurs varient du rouge au rose en passant par l’orange. Derrière ce charme botanique tant convoité par certains jardiniers se cache toutefois une stratégie de reproduction préoccupante. Ne produisant pas toujours des fleurs et in fine des fruits en l’absence de pluies, la Mère des millions a mis au point dans son évolution un processus de multiplication végétative très efficace qui consiste à fabriquer sur les marges de ses feuilles des embryons foliaires prêts à tomber sur le sol. Sous l’effet du vent ou encore des passages d’animaux, ces « propagules » détachées, souvent pourvues de radicelles, permettront alors un bouturage rapide de la plante. La présence de racines secondaires sur les feuilles et même les tiges permet également à la Mère des millions de pratiquer le marcottage. Ainsi, à l’image de la Renouée du Japon, la plupart des individus observés dans le monde sont généralement des clones. C’est ce qui explique l’appellation vernaculaire anglaise de Mother of millions (Mère des millions) donnée aux espèces invasives du genre Kalanchoe et de leurs hybrides. Renfermant dans leurs tissus des composés chimiques toxiques comme les bufadiénolides, ces plantes représentent aujourd’hui un danger important pour l’élevage notamment dans les régions tropicales. En Australie, dans l’état du New South Wales, 125 vaches ont pour exemple trouvé la mort en 1997 après avoir consommé plusieurs tiges fleuries de Kalanchoe delagoensis dans une réserve d’appoint utilisée pour le pâturage extensif. Ces intoxications surviennent surtout dans des environnements inconnus pour le bétail et souvent impactés par des stress hydriques avec une faible production de fourrage. Les symptômes constatés sur les animaux vont de la léthargie à la perte d’appétit en passant par l’apparition de diarrhée jusqu’à l’arrêt cardiaque. En cas de faible quantité ingérée, il est parfois possible de sauver les animaux par un traitement vétérinaire rapide. Cependant la Mère des Millions occasionne dans bien des cas des problèmes chroniques qui évoluent généralement vers un décès dans les jours qui suivent sa consommation. Bien que renfermant aussi quelques composés chimiques intéressants pour la médecine et la pharmacopée qui se sont d’ailleurs traduits par quelques usages locaux à Madagascar, ces plantes sont désormais considérées dans le monde comme des invasives à redouter tant sur le plan de la protection de la biodiversité que sur celui de la santé.
Vaste pays montagneux positionné entre l'océan Pacifique et l'océan Atlantique, le Mexique bénéficie sur son territoire de nombreuses influences climatiques qui lui permettent d'avoir une des flores les plus diversifiées au monde. Sur une liste de plantes vasculaires indigènes estimée à 23 314 espèces (Villaseñor, 2016), environ 50 % peuvent être considérées comme endémiques. Ce fort taux d'endémisme est surtout valable pour les forêts tropicales humides et sèches, les chaparrals, les savanes mais aussi les déserts. Il baisse en revanche en haute montagne pour atteindre 32 % dans la zone alpine qui débute généralement aux alentours de 3 900 mètres d’altitude (Steinmann et al., 2021). Cette réduction importante s’explique en partie par l’âge récent des volcans mexicains au regard de l’échelle géologique, des nombreuses éruptions volcaniques qui ont eu lieu durant ces derniers milliers d’années et de la faible superficie (environ 150 km2) qu’occupe l’étage alpin dans le pays. D’une manière générale, les orophytes du Mexique entretiennent des liens plus étroits avec la flore d’Amérique centrale que celle d’Amérique du Nord. De nombreuses espèces se retrouvent par exemple sur les hauts volcans du Guatemala à l’image de plusieurs taxons arctico-alpins comme Arenaria bryoides, Draba jorullensis, Senecio mairetianus et subalpins très remarquables comme Lupinus montanus, Gentiana ovatiloba, Senecio callosus ou Penstemon gentianoides. Ces plantes sont d’ailleurs souvent considérées comme subendémiques puisque débordant légèrement de leur principale aire de répartition et partageant une continuité géographique avec les zones montagneuses situées au sud du Mexique. D’autres orophytes inféodées aux forêts tropicales et subtropicales d'altitude sont présentes également au Honduras, au Nicaragua voire parfois en Amérique du Sud dans des pays comme le Pérou et la Bolivie. Elles témoignent de connexions évidentes au sein de ces biomes. Riche d’une longue histoire évolutive sur plusieurs millions d’années et d’un contexte géographique particulier, la flore de montagne du Mexique impressionne surtout par son très grand nombre d’espèces natives à défaut d’avoir le plus fort taux d’endémisme du monde.

Il n’est jamais acquis de réaliser un des plus beaux coups de l’année en misant sur une suite. Mais si tel est le cas, alors vous empocherez certainement une récompense qui n’a pas de prix. Superbe orchidée apparaissant en fin d’été, la Spiranthe d’automne s’affiche comme une des cartes qui rapporte le plus de points dans le grand jeu des collectionneurs d’images de plantes à fleurs calcicoles tardives et ceci notamment lorsqu’elle est combinée avec d’autres atouts comme la Gentiane ciliée, la Gentiane d'Allemagne ou l'Aster amelle. Pour avoir le plus de chances de la tirer, il faut généralement attendre la fin des grosses chaleurs et l’arrivée d’une forte humidité ambiante. Une fois ces conditions réunies, le participant peut tenter de faire tapis en jetant tous ses espoirs sur une surface de jeu potentiellement gagnante ! L’heureux chanceux de ce pari pourra dès lors mesurer la valeur inestimable d’une telle aubaine. Avec ses délicates petites fleurs blanches veloutées et teintées d’un beau citron vert au niveau de ses labelles finement frangés, la Spiranthe d’automne offre un spectacle visuel des plus émouvants. S’enroulant en spirale, elle incarne à la perfection la suite dite de Fibonacci, une série de nombre entiers dans laquelle chaque terme est issu de la somme des deux précédents (ex : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34…). En représentant cette suite de nombres par des carrés de dimension correspondante qui se juxtaposent et en traçant des arcs de cercle qui se rejoignent par les coins opposés de ces figures géométriques, le mathématicien italien du Moyen-âge s’est aperçu qu’il avait réussi à dessiner une authentique spirale logarithmique. Cette loi mathématique qui s'applique aussi dans la nature semble permettre à notre orchidée fétiche d’optimiser son occupation et sa croissance dans l’espace ainsi que ses chances de reproduction en ayant des fleurs visibles dans toutes les directions. Ainsi la Spiranthe d’automne regroupe de nombreux atouts en une seule carte ; elle termine la série d’un jeu qui aura duré une saison, maximise les gains par sa relative rareté ou sa faible probabilité d’apparaître à nos yeux et propose de nombreuses suites possibles qu’elles soient par les nombres, par la couleur ou bien par les formes.

Décrit pour la première fois au 17ème siècle par le médecin anatomiste et professeur de botanique Johannes Loesel dans sa Flora Prussica sous le nom d’Ophris diphyllos bulbosa, le Liparis de Loesel est une orchidée discrète que l’on retrouve dans les milieux humides alcalins et parfois acides bien exposés au soleil. Son observation dans les végétations basses des bas-marais, tourbières ou pannes dunaires n’est pas aisée et l’espèce est aujourd’hui menacée d’extinction dans de nombreuses régions géographiques d’Europe. Les causes de sa disparition sont multiples avec pour exemple le drainage des zones humides, la pollution aquatique, la destruction de ses habitats, le réchauffement climatique, la recolonisation forestière ou encore la surfréquentation. Plante héliophile pionnière des hémicrypto-géophytaies de bas marais et près tourbeux, le Liparis de Loesel possède de fortes exigences écologiques pour pouvoir se développer. Grâce à la dévitalisation de ses racines peu ancrées dans le sol en période hivernale, son pseudobulbe pourra notamment être transporté par le vent à la surface de l’eau. Une fois celui-ci stabilisé au printemps, de nouvelles racines permettront à cette orchidée de fabriquer deux petites feuilles luisantes qui donneront naissance à une hampe florale délicate de toute beauté. Dépendant principalement d’une multiplication végétative en produisant de nouveaux rhizomes et pseudobulbes, le Liparis de Loesel peut en outre se reproduire par autopollinisation. La forme en entonnoir et la disposition du labelle de ses fleurs suggère en effet que cette orchidée possède la faculté de faire glisser ses pollinies vers son stigmate en détournant le trajet de gouttes de pluie. Comme pour toutes les orchidacées, la germination des graines ne pourra se réaliser qu’en présence d’un champignon symbiotique. Ces stratégies de reproduction constituent malheureusement un frein à la survie de cette espèce en diminuant notamment sa diversité génétique et il apparaît évident que la moindre perturbation dans son milieu naturel la rend des plus fragiles. Ainsi le Liparis de Loesel fait aujourd’hui l’objet de nombreuses mesures de protection sur le territoire européen. La mise en place de plans de gestion lui permet de se maintenir voire de proliférer dans plusieurs espaces naturels mais son cycle de vie demeure fragile et les investissements consacrés à sa protection témoignent d’une dégradation généralisée de ses habitats. Tel s’annonce le défi de sauvegarde de cette orchidée qui de surcroît n’apparaît pas tous les ans.
Les plantes subalpines forment, comme leur nom l’indique, un cortège d’espèces s’épanouissant principalement à l’étage subalpin, un écotone situé entre l’étage montagnard forestier et l’étage alpin où règnent les alpages. Selon la latitude, l’exposition et les influences climatiques rencontrées, cette zone de transition écologique apparaît généralement, sous climat tempéré, entre 1200 et 2400 mètres d’altitude. Du fait de ses conditions climatiques contraignantes (température moyenne annuelle comprise entre 5 et 8°C, enneigement pouvant dépasser 5 mois dans l’année, forte exposition aux vents…), la flore qui s’y développe connaît une période végétative relativement courte allant de 3 à 5 mois. Elle donne naissance à un paysage ouvert singulier où dominent des zones herbacées bien développées côtoyant des strates arbustives dominées par de nombreuses éricacées et de sublimes plantes à fleurs aux couleurs enluminées. Les arbres qui parviennent à peupler cet écotone résistent aux rudes conditions climatiques des étages élevés de la montagne à l’image du Pin à crochets et du Pin cembro. Ils adoptent des formes rabougries pour progresser vers les hauteurs jusqu’à la zone de combat, limite supérieure de la végétation où la croissance des arbres et arbustes devient impossible. Dans cet écosystème de transition aux caractéristiques propres, il n’apparaît toutefois pas toujours facile d’établir une chorologie des plantes subalpines et de se prononcer sur leur statut. Certaines se retrouvent pour exemple le long des lisières de forêts d’altitude, dans des zones de ravins de montagne boisées ou à proximité d’ourlets buissonnants dans les alpages et sont plutôt qualifiées d’orophytes forestières à l’image de Lilium martagon, Digitalis grandiflora, Laserpitium latifolium, Streptopus amplexifolius, Pimpinella major, Aconitum variegatum, Astrantia major, Cicerbita plumieri, Thalictrum aquilegifolium, Scrophularia alpestris ou encore Aruncus dioicus. Bien que fortement représentées à l’étage subalpin, elles sont également présentes à l’étage montagnard et leur statut de plantes subalpines à proprement dit n’est pas clairement tranché. À l’inverse, plusieurs plantes peuplent principalement l’écotone faisant le lien entre les forêts d’altitude et les pelouses alpines. C’est le cas pour exemple d’Arnica montana, Pseudorchis albida, Gentiana lutea, Gentianella campestris, Carlina acaulis, Meum athamanticum, Anemone alpina, Anemone narcissiflora, Rhododendron ferrugineum, Cicerbita alpina, Veratrum album, Traunsteinera globosa, Omalotheca norvegica, Geum montanum, Hypericum richeri, Allium victorialis, Viola lutea, Paradisea liliastrum, Rumex alpinus, Hieracium auriantacum, Ajuga pyramidalis ou Leontodon pyrenaicus qui sont considérées, de par leur habitat, comme d'authentiques plantes subalpines. Ce statut peut s’appliquer également aux plantes des mégaphorbiaies de montagne telles que Trollius europaeus, Epilobium alpestre, Pedicularis foliosa, Carduus personata, Adenostyles alliariae ou Imperatoria ostruthium. Enfin plusieurs plantes possèdent une répartition entre étage alpin et subalpin comme Trifolium alpinum, Phyteuma hemisphaericum, Gentiana verna, Hieracium alpinum ou encore Lotus alpinus et entrent parfois dans la catégorie des espèces dites artico-alpines à l’image de Bartsia alpina, Veronica fruticans ou Rhodiola rosea.

Dans le cœur de l’hiver se remarque une plante exquise qui illumine les sous-bois encore engourdis par le froid. Avec ses sépales rayonnants d’un beau jaune intense dirigés vers le ciel et ses bractées verticillées retombantes d’un délicieux vert pur aux reflets brillants, Eranthis hyemalis incarne dans l’imaginaire des Hommes une renaissance de la vie. Admirée pour ses formes et ses couleurs précoces, cette renonculacée fait l’objet depuis le 16ème siècle de nombreuses introductions dans des jardins botaniques et ornementaux. Orophyte originaire de l’Europe méridionale, de l’Italie du Nord jusqu’aux portes de la Turquie, l’Éranthe d’hiver est aujourd’hui présente dans de nombreux pays du monde. Sa première mention connue comme plante introduite remonte à 1588, lorsqu’un érudit allemand du nom de Joachim Camerarius le Jeune décide, suite à un long séjour passé en Italie pour ses études de médecine, de la recueillir dans son jardin botanique de Nuremberg. Il faut attendre la fin du 18ème siècle pour que l’Éranthe d’hiver connaisse des introductions à grande échelle. La création de jardins paysagers, alors très en vogue à cette époque, lui permet de voyager loin de ses terres d’origine. Des cultivars sont réalisés et de nouvelles variétés originales apparaissent. Celles-ci prennent souvent le nom de leurs observateurs (Eberhard Fluche, Schlyter), d’un de leur proche disparu (Lady Lamortagne) ou du jardin dans lequel elles ont pu être observées (Ruth Treff, Richard Bish). Derrière ce commerce de cultivars ou d'hybrides aux noms divers se cache pourtant un mystère non résolu. Plusieurs stations d’Eranthis hyemalis existent dans la nature de manière subspontanée et portent à croire à une présence vieille de plusieurs siècles. C’est le cas dans les Alpes maritimes, en Alsace mais aussi en Belgique, en Suisse ou dans le Bade-Wurtemberg. En botanique, une plante est considérée comme archéophyte lorsqu’elle a été introduite à une date antérieure à 1500 ap. J.-C. On parle d’indigénat quand sa présence très ancienne dans un lieu ne permet plus de savoir si celle-ci a été introduite. Ces deux notions apparaissent étroitement liées puisque les espèces archéonaturalisées sont généralement assimilées « indigènes ». Dans le cas d’Eranthis hyemalis, il n’existe pour l’heure aucune trace écrite confirmant sa présence en Europe de l’Ouest avant 1500. Toutefois, sa localisation pour exemple dans des ruines médiévales comme au Landsberg en Alsace pourrait pencher en faveur d’un indigénat. Une légende raconte d’ailleurs que cette fleur aurait été rapportée par un chevalier parti en croisade afin de l’offrir en cadeau à sa bien-aimée. Même si peu probable, cette histoire n’est cependant pas dénuée de sens puisque durant ces expéditions militaires, les chevaliers passaient bien par le sud de l’Europe pour rallier la Terre sainte. En considérant que le château du Landsberg n’était plus habité au 16ème siècle pour des raisons d’inconfort, il est possible d’imaginer que la plante fut introduite dans ses jardins bien avant pour des motifs ornementaux ou médicinaux. Le rhizome de la plante avait en effet la réputation de soigner les ulcères affectant les naseaux des chevaux. Mais il se pourrait aussi qu’un burgvogt, sorte de bailli chargé de l’entretien du château et des forêts environnantes, ait pu l’introduire postérieurement. Ainsi l’Éranthe d’hiver reste un mystère dans la flore de plusieurs pays d’Europe. Considérée en général comme archéophyte douteuse, elle n’en reste pas moins une espèce rare qui aurait le mérite d’être protégée comme en Allemagne.

Spectre des forêts sombres peuplées d’épicéas et de sapins, le Monotrope uniflore apparaît toujours en été à la suite d’épisodes pluvieux. Son observation reste relativement rare et aléatoire, si bien que lorsqu’on le rencontre, c’est tout notre corps qui frissonne d’émotions. Surnommé plante fantôme ou pipe indienne en Amérique du Nord, cet être vivant pour le moins énigmatique se présente généralement en groupement de plusieurs individus formés de longues tiges écailleuses et de cloches solitaires retombantes d’un beau blanc ivoire à reflets rosâtres. S’épanouissant dans des ambiances souvent très sombres, le Monotrope uniflore prouve qu’il n’a pas besoin de lumière pour exister. Et pour cause, cette plante dépourvue de chlorophylle est un parasite mycohétérotrophe tirant ses substances organiques et éléments minéraux à partir d’un champignon mycorhizien issu de la famille des Russulacées. Tributaire de ce parasitisme, le Monotrope uniflore doit toutefois miser sur plusieurs stratégies comme la pollinisation croisée et l’autogamie pour se reproduire. Sa forte dépendance à des hyménoptères spécialisés comme les bourdons, le recours à des épisodes de dormance parfois pluriannuels ainsi que la nécessité d’un maintien de conditions climatiques précises pour la fructification mais aussi la germination de ses minuscules graines font que ce végétal peine fortement à se disperser dans son environnement. Avec le réchauffement climatique actuel et l’érosion grandissante de la biodiversité, ces nombreuses contraintes pourraient désormais passer pour des obstacles difficilement franchissables. Le Monotrope uniflore incarnerait alors le véritable spectre des taïgas d’antan où les esprits de la nature avaient pour coutume de danser ensemble aux quatre vents.

Minuscule orchidée des sous bois de conifères sombres et humides généralement tapissés de sphaignes, la Listère à feuilles cordées pourrait avoir comme exemple de réponse d’un jeu des combles de passer inaperçue pour celle ou celui qui se tiendrait devant elle. Son observation représente en effet un véritable défi. D’une part parce qu’elle se fait très discrète dans son habitat naturel et d’autre part parce que sa période de floraison est relativement brève en comparaison d’autres orchidées. Son statut de plante rare n’arrange pas sa détection si bien que les connaissances quant à sa répartition demeurent toujours insuffisantes. Et pourtant, cette petite orchidée des tourbières et forêts d’altitude peut parfois former très localement de belles stations et il n’est pas exclu qu’elle puisse se révéler plus fréquente qu’on ne le pense. Se reproduisant essentiellement par pollinisation grâce à son nectar qui attire principalement des diptères du genre Mycetophyla ou Sciara, elle peut aussi compter sur sa stratégie de multiplication végétative par le biais de ses rhizomes pour coloniser de nouveaux habitats. Très sensible aux perturbations de son biotope, la plante décline rapidement en cas de travaux forestiers, de drainage ou de sécheresse prolongée. Un taux d’humidité constant, une faible exposition à la lumière et une forte acidité sont les facteurs abiotiques essentiels à la survie de cette espèce circumboréale aux charmes des plus subtils. Hommage donc au chanceux qui observerait de plus près ses petites feuilles en forme de cœur, son sublime ovaire sphérique bicolore ainsi que son délicat périanthe étoilé muni d’un labelle bifide en forme de langue de serpent ; il pourrait être l'heureux gagnant des découvertes de l'année à signaler aux associations de protection de la nature et conservatoires botaniques locaux sans plus attendre !

Dans le discret réveil printanier des montagnes eurasiatiques se remarque une plante précoce d’une rare splendeur. Appelé Satyrion rouge ou Dent-de-chien, l’Érythrone est une liliacée qui tire son nom du grec eruthros voulant dire rouge et du latin dens-canis signifiant dent de canidé. La plante possède en effet un périanthe à six tépales d’une couleur tirant sur le rose foncé, deux feuilles vertes glauques maculées de tâches rouge sombre ainsi que des étamines ayant la particularité de présenter de longues anthères filiformes violettes entourant un délicat stigmate blanc proéminent. Le bulbe, quant à lui, ressemble étonnamment à une grande canine de chien ou une gousse arquée aux apparences d’ivoire. S’épanouissant dans les bois clairs, les landes ou les pelouses subalpines des montagnes, la plante apprécie les biotopes bien exposés à la lumière. Elle peut apparaître en compagnie d’autres plantes précoces de toute beauté comme les scilles, les pulmonaires, les jonquilles, les crocus, les perce-neiges, les gagées ou encore les corydales. Ces délicieuses fleurs du début printemps possèdent bien souvent des stratégies de reproduction et de développement semblables. Elles misent pour exemple sur l’énergie stockée dans leurs bulbes afin de s’épanouir le plus rapidement possible à la sortie de l’hiver. Leurs feuilles sont généralement plus foncées pour mieux capter les rayons d’un soleil encore timide tandis que leur pollinisation est assurée par des insectes aux mœurs précoces comme les bourdons. Leurs fruits sont enfin fréquemment transportés par des fourmis très attirées par les substances présentes dans les élaïosomes, ces excroissances charnues de graines riches en lipides et protéines. Tel est ainsi le cas de la Dent-de-chien qui a pour principale stratégie de dissémination de ses akènes, la myrmécochorie. Ce mode de propagation constitue toutefois un frein important à la dispersion de la plante dans son environnement. L’Érythrone Dent-de-chien n’est donc pas une plante qui prolifère en montagne. Elle est d’ailleurs une plante jugée peu commune et même parfois menacée de disparition dans certaines zones géographiques d’Europe. Cette spécificité, dès lors connue, procure à chaque observation un sentiment d’admiration et de profond respect qui la place comme une maîtresse de cérémonie incontestable du grand bal de la flore précoce.

C’est encore sous un maigre manteau neigeux que la Soldanelle des Alpes prépare son retour au grand jour. Après de longs mois passés en dormance, cette habituée des combes à neige s’impatiente à l’idée de pouvoir enfin profiter des rayons de soleil du printemps. Grâce à ses précieuses réserves énergétiques accumulées au cours des années précédentes, la Soldanelle va pouvoir lancer un nouveau cycle de développement alors même que son appareil végétatif se trouve toujours prisonnier des derniers névés. Il faut dire que sans cette couche de neige isolante, l’ensemble des organes vitaux de cette plante n’auraient que difficilement survécu au gel destructeur de la montagne. Alors que la plupart des angiospermes attendent la fonte complète du manteau neigeux pour s’activer, la Soldanelle mise quant à elle sur sa précocité pour perpétuer. Cette spécificité propre aux plantes dites chionophiles permet d’assurer aux organismes une croissance rapide dans un environnement marqué par un important raccourcissement de la saison végétative et une inévitable concurrence saisonnière entre les espèces. C’est dans ce contexte que les délicates fleurs de soldanelles apparaissent souvent sous une fine couche de neige et que les petites feuilles rondes au limbe épais de couleur foncée s’élèvent subtilement pour mieux capter la lumière. Cette tendance à la précocité se traduit toutefois par une certaine vulnérabilité. La plante doit en effet affronter les extrêmes climatiques de la montagne avec des nuits encore glaciales et des journées à forte irradiation solaire. Elle doit également composer avec un environnement diminué en dioxyde de carbone. Sa photosynthèse est donc régulée par une série de mécanismes complexes faisant intervenir des récepteurs et des protéines telles que la PTOX pour empêcher un maximum la photo-inhibition, véritable danger pour la survie des espèces alpines. Dotée d’une tige des plus fragiles, la Soldanelle des Alpes ne résiste par ailleurs que très peu aux vents puissants et se brise facilement au moindre contact. Les combes à neige représentent ainsi un biotope idéal pour la plante en jouant un rôle d’abri topographique. Dans l'espoir de voir perdurer cette beauté vernale à l’apparence frêle, cette primulacée incarne au delà d'un rythme d'existence fragile tout un hymne de la montagne alpine encore engourdie par le froid de l’hiver tardif et lentement réveillée par les premières douceurs du printemps.
Situé à l’extrême nord du Pamir, le chaînon Trans-Alaï se caractérise par un climat continental semi-aride. Ses paramètres écologiques mais aussi géophysiques le rapproche à juste titre des hauts plateaux tibétains du nord de l’Himalaya. Dominé par de hautes montagnes enneigées, couvert de vastes steppes arides et tapissé de larges pelouses alpines côtoyant de multiples névés, le Trans-Alaï offre, malgré ses extrêmes climatiques, une diversité végétale remarquable sur son territoire. L’apport d’importantes précipitations sur les plus hauts sommets et l’influence d’un climat méditerranéen dans la région ont notamment contribué au développement d’une flore alpine très diversifiée. Plusieurs plantes endémiques côtoient ainsi de nombreuses espèces floristiques appartenant également à d'autres massifs montagneux proches comme le Tian Shan, le Kunlun et l’Hindou Kouch ; mais aussi à d'autres régions géographiques comme la Sibérie, la Mongolie, le Tibet ou le Moyen-Orient. Dans ce riche cortège de plantes alpines à formations de Kobresia, Carex et Festuca ; les Renonculacées sont plutôt bien représentées avec des espèces comme Pulsatilla campanella, Anemone petiolulosa, Ranunculus albertii, Trollius dschungaricus ou encore Trollius lilacinus. De nombreuses potentilles, à l’image de Potentilla hololeuca, colonisent les sols maigres des immenses dépôts morainiques en compagnie d’autres espèces singulières tels que Primula algida, Gentianella turkestanorum, Inula rhizocephala, Ligularia alpigena, Leontopodium ochroleucum, Erigeron multiradiatus, Papaver croceum, Myosotis asiatica, Pedicularis albertii ou Geranium saxatile. Dans les prairies subalpines à sols plus enrichis, Phlomoides oreophila apparaît souvent en vastes colonies tandis qu’aux abords des zones humides, Swertia marginata s’organise en petites stations isolées de toute beauté, accompagnée de Bistorta elliptica et parfois de la gracile Dactylorhiza umbrosa. Sur les escarpements rocheux des hautes montagnes, là où les conditions climatiques empêchent ordinairement un développement de la végétation, plusieurs espèces se sont installées sous une forme naine ou compacte. C’est le cas de plusieurs artico-alpines remarquables appartenant notamment aux genres Androsace, Parrya ou encore Chorispora.

Orchidée calcicole des lisières forestières et des sous bois lumineux de montagne, le Sabot de Vénus fait indéniablement partie des découvertes les plus sensationnelles de l’année pour tout botaniste en herbe ou amateur de belles fleurs. Bien que plutôt rare en France, cette plante sauvage, appartenant au genre Cypripedium, n’a de cesse de faire parler d’elle et ceci paraîtrait-il depuis l’ère des grandes civilisations antiques ! Une célèbre légende nous raconte d’ailleurs qu’à l’époque gréco-romaine, un berger qui emmenait paître son troupeau dans les alpages du sud de l’Europe vit un jour dans un petit bois de montagne une femme nue de toute beauté se reposer à l’ombre. Voulant l’approcher pour mieux l’observer, la belle prit peur et s’enfuit en laissant derrière elle un de ses précieux sabots d’or. Le berger se demanda alors si ce qu’il venait de voir n’était pas le fruit de son imagination. À peine eut-il le moment de ramasser la chaussure oubliée que celle-ci se transforma en une splendide orchidée. Le berger comprit dès lors que le tour joué par cette femme imaginaire n’était autre que celui de Vénus, la déesse de l’amour et de la séduction. Fort heureusement, les illusions produites par le sabot d'or n’appartiennent pas qu’au commun des mortels. Elles se retrouvent également dans le monde fascinant des insectes. C’est ainsi que plusieurs hyménoptères comme les Andrénidés se font aussi surprendre à l’approche de cette divine plante. En émettant des substances olfactives proches des phéromones, le Sabot de Vénus leurre ces petites abeilles en leur faisant croire qu’il possède un délicieux nectar au plus profond de son labelle. Pris dans le piège en ne pouvant remonter les parois lisses de sa cavité florale, ces butineuses se retrouvent alors prisonnières et demeurent contraintes de suivre un itinéraire « balisé » pour atteindre la sortie ! Cette stratégie de leurre permet évidemment à l’orchidée d’assurer ici sa fécondation par pollinisation. Diffuseuse d’illusions réelles ou imaginaires, la plus grande orchidée d’Europe s'est construite en attendant une réputation de puissante séductrice parmi les espèces de la flore euro-sibérienne.
Chaîne montagneuse s’étirant d’est en ouest sur une longueur d’environ 450 kilomètres, les Pyrénées présentent la particularité de jouir de nombreuses influences climatiques et d’une forte diversité paysagère sur leur territoire. Sur les 4 500 espèces végétales recensées par le botaniste Marcel Saule dans sa grande flore illustrée des Pyrénées de 1991, 160 ont hérité d’un statut d’espèce endémique. C’est le cas par exemple de plusieurs artico-alpines tels que Saxifraga nervosa, Androsace ciliata, Saxifraga iratiana, Androsace pyrenaica, Cerastium pyrenaicum, Artemisia gabriellae ou encore Sedum candollei qui ont trouvé, par le biais de leurs ancêtres, des refuges en haute montagne à la fin de périodes glaciaires au Quaternaire et qui ont depuis évolué sur des milliers d’années vers les espèces que nous connaissons aujourd'hui. D’autres endémiques comme Ramonda myconi ont une origine encore plus ancienne et témoignent des climats tropicaux qui pouvaient régner sur les Pyrénées durant l’ère tertiaire. Cette plante « tropicale » de la famille des Gesnériacées a réussi à survivre aux glaciations du Quaternaire et a évolué vers une espèce unique dans son genre ! De nombreuses orophytes d’origine souvent orientale sont également endémiques à l’image de Lilium pyrenaicum, Thalictrum macrocarpum, Rhaponticum centauroides ou encore Gentiana burseri. Cependant pour certaines espèces, l’aire de répartition ne se cantonne pas qu’au massif des Pyrénées et peut déborder sur d’autres espaces géographiques voisins comme le massif des Corbières, les montagnes basques, les monts cantabriques ou bien le nord de l'Ibérie. Ces espèces sont alors qualifiées de subendémiques tels Valeriana pyrenaica, Reseda glauca, Teucrium pyrenaicum, Thymus nervosus ou encore Eryngium bourgatii.

Vagabonde insoupçonnée des fonds de vallées humides, la Lathrée clandestine voyage au fil de l’eau en empruntant les parcours sinueux des berges arborées. Visible uniquement au cours du printemps, cette plante discrète de la famille des orobanches mène en réalité une vie cachée tout le reste de l’année. Enfouie dans les parties superficielles du sol où elle subsiste à l’état de rhizomes recouverts d’écailles charnues, la Lathrée clandestine n’a d’autres possibilités que de s’associer étroitement aux racines des arbres peuplant les bords de rivières et autres plans d’eau pour subvenir à ses besoins. Dépourvue de chlorophylle, elle puise en effet sa matière organique ainsi que ses sels minéraux sur des plantes hôtes hygrophiles robustes comme le saule, l’aulne ou encore le peuplier. En prélevant à l’aide de ses suçoirs une petite partie des substances produites et utilisées lors de leur photosynthèse, la Lathrée s’assure une source de nourriture inépuisable. C’est d’ailleurs à la sortie de l’hiver, au moment où la sève circule de nouveau dans les arbres, que ce processus de parasitisme prend toute sa splendeur. La Lathrée entre alors en floraison et dévoile un charme qui demeurait jusqu’ici imperceptible. Intrigués par sa forme tubulaire, ses couleurs « malvacées » et ses odeurs nectarifères, plusieurs insectes pollinisateurs comme les bourdons rendront visite à cet holoparasite qu’ils fertiliseront par la même occasion. Fécondées, les fleurs se transformeront ensuite en une capsule enflée prête à disséminer de grosses graines dans l’espace à la moindre perturbation. A la recherche de nouveaux territoires à coloniser, la Lathrée clandestine transitera dès lors par l’eau ou par le sol dans l’espoir de démarrer un nouveau cycle de vie en s’échouant sur des berges encore vierges de tout parasitisme.

Voyageuse élégante des terres arides et ensoleillées, la fraxinelle emporte toujours dans ses valises les plus beaux secrets d'un Proche-Orient subtil aux multiples fantaisies. Imprégnée de couleurs érotiques et parcourue de motifs fantasmagoriques, cette plante resplendissante de la famille des rutacées a le pouvoir de séduire et de faire rêver les amateurs de fleurs les plus insensibles. Avec ses sécrétions olfactives rappelant les senteurs du puissant citron et de la douce cannelle, la Fraxinelle embaume les lisières de forêt thermophiles d'un envoûtant parfum fruité et épicé les jours d'été. Mais gare à l'imprudent qui se serait laissé tenter par ces délices aux charmes méditerranéens affûtés. Suintant des substances chimiques volatiles inflammables proches des huiles essentielles à partir de petites glandes disposées le long de la tige, cette plante gracieuse qui s’élève vers le ciel à l'instar d'une flemme végétale peut véritablement s'enflammer lors d'épisodes de grande chaleur ! Se transformant alors en un buisson ardent, la Fraxinelle disparaît en un clin d’œil au grand dam des visiteurs venus l'admirer. Ce fabuleux tour de magie digne d'un des plus beaux contes des Mille et Une Nuits enchante bien là l'univers d'une poésie botanique peu commune. Futile divagation de l'esprit ou rêverie bien réelle, la Fraxinelle s'est faite en attendant une place au premier rang des danseuses orientales douées pour nous plonger dans un harem rempli de fantasmes.

Plante vernale héliophile et xérophile appartenant à la famille des renonculacées, l'Adonis vernalis se rencontre surtout dans les milieux steppiques de l'Europe centrale et méridionale. Plusieurs stations existent toutefois dans le nord et l'ouest de l'Europe sous forme d'isolats très localisés. En France, l'espèce a réussi à se maintenir dans des milieux géographiques et naturels bien spécifiques comme les Grands Causses ou la plaine d'Alsace. Ayant besoin d'un sol drainant et d'un potentiel hydrogène à tendance basique mais aussi d'une bonne exposition au soleil, cette plante à floraison printanière exige en effet la combinaison de nombreux paramètres écologiques pour pouvoir s'installer mais aussi se reproduire durablement. La difficulté de l'espèce à coloniser de nouveaux espaces s'expliquerait notamment par une fréquence régulière des échecs du processus de germination de ses petits fruits fragiles appelés polyakènes. Une légère variation climatique, même passagère, peut en effet empêcher la future propagation de cette plante entomophile à valence écologique plutôt réduite. Sa forte dépendance à la myrmécochorie constitue également un frein important à sa dissémination dans l'espace. Plante rare et menacée de disparition dans l'ouest de l'Europe, l'Adonis vernalis fait désormais l'objet d'un statut de protection réglementaire élevé. Recherchée dans le milieu de la pharmacopée homéopathique pour ses propriétés notamment cardiotoniques et diurétiques, cette espèce, bien que toxique pour l'Homme, est sujette à de nombreuses campagnes de ramassage notamment en Europe de l'est. En léger recul dans les régions bordières de l'Asie, sa présence n'est toutefois actuellement pas menacée tant sa population y est importante et les conditions écologiques favorables à son maintien.
Avec ses merveilleux jardins suspendus côtoyant de vastes étendues de roches, de glaces et de neiges éternelles, la côte occidentale du Spitzberg offre en été un cadre unique dans l'archipel du Svalbard. Le Gulf Stream, courant océanique de surface en provenance de la ceinture tropicale de l'Atlantique, est en grande partie à l'origine de cette spécificité paysagère estivale. En longeant l'ouest de l'île pour ensuite se diriger vers l'est du Groenland, celui ci apporte une chaleur considérable et une humidité ambiante permettant d'adoucir et de tempérer un climat polaire d'ordinaire glacial et sec à cette latitude. Profitant de ces influences climatiques favorables, de nombreuses espèces ont pu coloniser sur des périodes végétatives relativement courtes une grande part de la pointe sud et de la côte ouest du Spitzberg. Les nombreuses roches sédimentaires présentes sur la façade occidentale de l'île comme les calcaires, les marnes et les argiles contribuent de plus à fournir aux plantes un support édaphique particulier. Entre toundras humides, tourbières temporaires et pelouses alpines, la flore du Svalbard présente ici toutes les caractéristiques des écosystèmes boréaux et de la haute montagne tempérée.
Tant attendu depuis maintenant plusieurs mois, le printemps signe la fin d'une longue torpeur hivernale où la vie végétale s'est trouvée plongée dans un état de dormance. Le soleil est désormais positionné suffisamment haut dans le ciel pour déclencher un réveil qui s'avère être de plus en plus précoce. La photosynthèse activée par le biais des stomates et chloroplastes, les jeunes feuilles peuvent enfin pousser et les fleurs encore timides offrent aux insectes leurs tous premiers nectars. Parmi les angiospermes qui ouvriront le bal d'un long spectacle où l'extase des couleurs prendra son paroxysme au fur et à mesure des semaines, on retrouve les perce-neiges, les nivéoles de printemps, les primevères, les tussilages, les pervenches, les crocus, les jonquilles, les renoncules ficaires, les anémones, les violettes, les gagées, les scilles ou encore les hépatiques. Les cryptophytes, plantes dont l'appareil végétatif se retrouve sous la surface du sol en hiver, sont plutôt bien représentées aux premiers instants du printemps. Les amaryllidacées par exemple se servent des réserves énergétiques accumulées dans leurs bulbes durant l'été afin d'assurer une floraison rapide à la sortie de l'hiver. Les couleurs reviennent ainsi avec parcimonie puis elles forment dans une logique exponentielle des cortèges floristiques de plus en plus garnis avec le temps.
Cela fait maintenant quelques temps que le printemps est bien installé dans nos contrées. Les grandes prairies peuplées de graminées verdoyantes et de dicotylédones enluminées offrent des spectacles de toute beauté. Face à la magnificence de cette nature, le marcheur, qui se délecte de toutes ces richesses, restera toutefois interpellé par une flore singulière ; celle des orchidées. Avec des pouvoirs de séduction et d'imitation des plus puissants, ces plantes de la classe des monocotylédones, éveillent la curiosité des plus intrigués. En adoptant des formes florales aux allures d'insectes et en diffusant des substances olfactives très attractives, les orchidées attirent en effet de nombreux pollinisateurs. Très économes en énergie, ces plantes puisent une partie de leurs ressources par l’intermédiaire de champignons microscopiques vivant en symbiose avec leurs racines. Certaines espèces ne possèdent d'ailleurs pas ou peu de chlorophylle comme la Néottie nid d'oiseau ou le Limodore à feuilles avortées. Ces différences de stratégies et de métabolisme d'une espèce à l'autre donnent ainsi lieu à des formes de vie et à des couleurs toujours aussi étonnantes. Les orchidées n'ont pas fini de séduire les curieux du printemps !
Il n'y a pas si longtemps, ces fleurs étaient encore appelées légumineuses. Aujourd'hui, nous préférerons le terme de fabacées. Cette famille d'angiospermes est une des plus caractéristiques du règne végétal. Les fabacées sont des plantes à fleurs zygomorphes. Leurs inflorescences présentent en effet une architecture à symétrie bilatérale. Cette spécificité évite ainsi des confusions avec d'autres familles de dicotylédones et rend alors très pratique leur identification. Les corolles des fabacées sont souvent très colorées et leurs fruits sont généralement des gousses. Chez certaines espèces comme les vesces et les gesses, des tiges volubiles sont présentes afin de permettre aux plantes de croître rapidement en hauteur et de prendre l'ascendant sur d'autres plantes concurrentes. Les fabacées ont un rôle écologique majeur dans nos écosystèmes puisqu'elles captent l'azote atmosphérique par le biais de nodosités situées sur leurs racines et le restituent ensuite dans le sol. Autant dire qu'elles sont une des clés précieuses pour l'obtention d'un sol fertile.

Les campagnes d'aujourd'hui n'ont pu grand chose à voir avec celles d'autrefois. Pour faire ce constat, pas besoin de remonter aux temps bibliques ! Il y'a encore quelques décénnies, nous pouvions nous promener dans un paysage verdoyant où la douceur du vent accompagnait les vols de nombreux oiseaux et papillons. Les vieux arbres isolés venaient nourrir les plus belles légendes de villages et les haies nous procuraient fraîcheur et vitalité. Alors pourquoi avons nous connu un changement si brutal ? Durant les année 1960, l'agriculture intensive faisait ses premiers pas en Europe. Des remembrements étaient réalisés dans de nombreuses régions afin d'optimiser la production, l'exploitation et la rentabilité des systèmes agricoles. Les haies disparaissaient alors au profit de grandes surfaces ouvertes vouées à la monoculture. Cette destruction paysagère ne s'est pas faite sans effets secondaires. Les problématiques actuelles nous le rappellent chaque jour qui passe avec pour exemple l'érosion des sols, la perte de biodiversité, l'augmentation des nitrates et pesticides dans les cours d'eau, la sécheresse des cultures et l'appauvrissement des sols. Oui les haies représentaient ces zones tampons qui permettaient de diminuer de nombreux stress. Elles étaient le lieu des auxiliaires de cultures ou des animaux prédateurs d'autres animaux nuisibles. Elles assuraient évapotranspiration et donc humidité ambiante. Leurs rôles de brise vent et de maintien du sol étaient bien connus des anciens. Elles étaient ces dames vertueuses qui veillaient à l'équilibre écologique de nos campagnes.